Le chant grégorien

Plongé dans ses racines grecques, romaines et byzantines, le chant grégorien est le chant sacré de l’Occident. Il y a dans ce chant quelque chose d’essentiel et d’indéfinissable, de noble et de dépouillé, une richesse et une pureté pas si évidentes à exprimer…

Alfred Tomatis, médecin, chercheur et écrivain contemporain, a en particulier fondé sa célèbre méthode de rééducation de l’oreille par l’écoute du chant grégorien pour soigner différents troubles – déficit de l’attention, retards d’apprentissage, autisme, dyslexie, problèmes de motricité et de langage. Il écrit : « le chant grégorien ne guérit pas, il sauve. Je m’explique : guérir consiste à faire appel à une intervention humaine, avec utilisation d’un produit né du génie de l’homme. Sauver postule le concours d’une inspiration directement insufflée par le Créateur. » Étrange constat qui postule l’existence d’un lien mystérieux que le chanteur, par son chant lui même, est en mesure d’établir avec un autre plan ou une autre dimension…

Par le son, sois guéri : c’est la « guérison » !

Sans me disperser dans un propos plus technique pour qu’il reste accessible, dix ans de direction d’un choeur grégorien et la conduite de nombreux stages m’ont apporté des enseignements. Tout d’abord cette pratique vocale induit une attitude dévotionnelle ; voix et esprit tendent vers un Ineffable et un Absolu qui sont alors reliés. Si le répertoire s’étend sur plus de mille ans d’histoire, son apogée correspond sans conteste à l’époque de l’art roman, où druides et bâtisseurs ont exprimé leur art le plus abouti dans la réalisation de chapelles et monastères qui sont des lieux vraiment particuliers, car porteurs invisibles de charges vibratoires, telluriques et cosmiques associées à l’architecture et à la géométrie sacrée. Le chant grégorien en appelle aux résonances et les pierres du lieu lui renvoient son écho. Pour qui ressent, se lie et offre son chant, une sorte de miracle peut alors se produire. L’église et le chantre ne font plus qu’un, l’espace et le temps s’ouvrent dans l’instant à la présence de la grâce. Par le son, sois guéri : c’est la guérison ! Ce thème est celui du chemin de ma vie, dans l’exercice de la rencontre entre la géobiologie et la voix…Le chant grégorien, dans l’écrin de sa Parole, ouvre les portes du sacré.

Si la pratique du chant induit les cycles de la respiration, implique le corps dans sa globalité, et la production vocale en particulier, le chant grégorien a ceci de remarquable qu’il est en soi une invocation (du latin invocare), une prière qui part donc de l’intérieur pour agir à travers la voix. 
Et si la chapelle romane offre à la voix les conditions idéales de résonance, elle peut devenir le lieu alchimique dans son cosmos, de la rencontre symbolique du ciel et de la terre en chaque être.
Car les textes du répertoire sont tirés pour l’essentiel du livre biblique ; la musique est agencée selon un continuum mélodique, modal et rythmique, qui modifie l’état de conscience du chanteur. Texte et mélodie induisent un terreau vibratoire qui permet à l’âme de se ressourcer et jouer son rôle de médiatrice entre le corps et l’esprit. 

La vertu de la beauté

Enfin la beauté exalte l’âme et touche le cœur ; la rechercher nous place sur un chemin intérieur de rectification permanente pour faire du chant un ouvrage d’Art sacré. La beauté est une maîtrise intemporelle qui nous ramène à la source de notre inspiration, qui est d’essence divine. Plus que jamais aujourd’hui, il nous importe de retrouver cette dimension, qui est innée et ontologique, et d’oser la vivre au-delà des limites imposées par nos croyances ou celles des autres.